L’or est resté stable, mais l’argent a été volatil à l’échéance des contrats de mars du Comex. Une suspension due à des « défaillances techniques » a provoqué une forte volatilité de l’argent, qui s’est depuis résorbée.
Hier à 13 h, heure de l’Est, le Comex a suspendu les négociations sur les contrats et options sur métaux et gaz naturel, invoquant des problèmes techniques. La suspension a duré environ 40 minutes, et les ordres valables pour la journée ainsi que les ordres GTD (valables jusqu’à une date donnée) ont été annulés. Elle est intervenue à un moment délicat pour le contrat d’argent de mars, alors que l’on pouvait craindre auparavant que les demandes de livraison ne dépassent l’argent enregistré pour livraison. Il semble au contraire qu’elles aient été réglées en espèces.
Était-ce la manière du Comex de désamorcer une crise de l’argent ? Nous ne le saurons probablement jamais…

Au cours d’une semaine difficile pour les opérateurs en raison des échéances de contrats du Comex, l’or et l’argent se sont tous deux raffermis dans l’ensemble. Lors des échanges matinaux en Europe, l’or s’établissait à 5 170 $, en hausse de 63 $ par rapport à la clôture de vendredi dernier, et l’argent, à 89,70 $, gagnait 4,20 $. Les volumes échangés au Comex sont restés très faibles sur les deux contrats.
L’échéance des contrats à terme sur l’or, qui n’est pas un mois actif, n’a guère posé de difficultés aux opérateurs, qui semblent globalement peu intéressés par ce contrat. L’intérêt ouvert est exceptionnellement bas, ce qui suggère une marge considérable pour des achats spéculatifs avant que le contrat ne soit jugé suracheté. La relation entre le prix et l’intérêt ouvert est présentée ci-dessous :

Il s’agit d’une configuration extrêmement haussière, atypique par nature. Les fonds spéculatifs et les suiveurs de tendance pourraient acheter jusqu’à 200 000 contrats avant que l’or ne devienne suracheté. Dans ces conditions, les achats ne se limiteraient pas au Comex. Si l’on y ajoute la demande des épargnants chinois, on peut justifier une prévision de prix de l’or nettement plus élevés.
L’argent est bien plus intéressant. L’intérêt ouvert du Comex s’est effondré, ce qui s’explique par le refus effectif des vendeurs à découvert de négocier, hormis pour clôturer des positions existantes. Voici le graphique suivant :

Entre-temps, Shanghai a rouvert mardi après les célébrations du Nouvel An, et les primes sur l’argent, allant jusqu’à 12 % au-dessus du cours au comptant de Londres, sont revenues en force. Ces primes durablement élevées drainent la liquidité du Comex et de Londres.
Au Comex, l’argent enregistré pour livraison a diminué pour atteindre l’équivalent de seulement 17 226 contrats, ce qui explique la polémique d’hier sur les suspensions du Comex. Il reste encore 6 214 contrats de mars en circulation ce matin, ce qui laisse penser que l’étau autour des vendeurs à découvert reste serré.
Les vendeurs à découvert ont au moins réussi à dissuader les acheteurs. Le graphique suivant montre qu’avec 12 121 contrats, la catégorie des gérants de fonds (« managed money »), composée principalement de fonds spéculatifs, affichait la plus faible exposition acheteuse depuis 20 ans :

Il s’agit de la position au 17e février, date des derniers chiffres du rapport Commitment of Traders, lorsque l’intérêt ouvert dépassait de 13 496 contrats le chiffre préliminaire de ce matin. Nous disposerons d’une mise à jour de la position de mardi dernier après la clôture des marchés ce soir.
Tout cela est très curieux. Les analystes techniques affirment que le cours de l’argent va grimper bien plus haut, mais les fonds spéculatifs et les gérants suiveurs de tendance restent résolument les bras croisés. Cela laisse penser que, si l’argent reprend sa marche en avant, les investisseurs et spéculateurs incrédules changeront d’avis, mais constateront qu’il n’y a plus de stock disponible à des prix proches des niveaux actuels. Et comme indiqué plus haut, l’or se trouve dans une situation similaire, avec davantage de liquidité, susceptible de soutenir et peut-être de turbocompresser la hausse de l’argent.
Il y a un enseignement important à partager au sujet de l’argent. En septembre dernier, lorsque la Chine a annoncé de sévères restrictions sur les exportations de terres rares, elle a de façon inattendue cessé de fournir de l’argent. C’est ce qui a provoqué la crise à Londres quinze jours plus tard, le 9e octobre, lorsque les taux de location ont bondi à 40 % dans la ruée vers l’argent physique.
La raison pour laquelle la Chine a créé cette crise est simple. Les États-Unis venaient d’inscrire l’argent sur leur liste de minéraux critiques, signalant que le gouvernement américain s’apprêtait à en acheter de grandes quantités à des fins stratégiques. La Chine n’avait pas l’intention de fournir de l’argent qui finirait dans les stocks du gouvernement américain.
Cela place les États-Unis face à un problème. Cette semaine, des spéculations marginales ont suggéré que le président Trump envisageait l’argent du Mexique comme solution et que, au vu de son attitude à propos du Groenland, il chercherait à intégrer le Mexique aux États-Unis. Il est peu probable que ce soit une solution viable à court terme ; des accords d’approvisionnement individuels avec les mines sont plus vraisemblables, retirant jusqu’à 200 millions d’onces de l’offre du marché. Cela aggraverait le déficit d’offre de l’année en cours, déjà estimé à 300 millions d’onces. Mais il est difficile de voir où les États-Unis pourraient se tourner d’autre.