Chypre déclenche une préférence pour les biens

Il est presque certain que les prix des biens à Chypre augmenteront à la suite de sa crise bancaire, car l'instauration de contrôles des capitaux limitera les importations et entraînera des goulets d'étranglement dans l'approvisionnement.

En outre, les résidents ne seront plus enclins à laisser leur argent en dépôt avec la même sérénité et chercheront d'autres solutions. Les gros déposants risquent d'être piégés, mais les petits déposants locaux retireront leurs fonds en espèces pour s'approvisionner en biens dont ils auront besoin demain, tant qu'ils sont disponibles.

Les Chypriotes vont donc modifier leurs préférences, en délaissant l'argent en banque au profit des biens. Et les leçons de Chypre n'échappent pas aux citoyens ordinaires de la zone euro : les déposants bancaires d'autres pays sont donc susceptibles, eux aussi, de se détourner des dépôts bancaires, selon l'opinion qu'ils se font de la solidité de leurs propres banques.

Cet article a pour objet d'attirer l'attention sur l'effet sur les prix du probable changement de préférences entre dépôts bancaires et biens. Les prix évoluent soit sous l'effet de l'inflation monétaire, qui est un processus graduel, soit sous l'effet de changements de préférence pour la monnaie, dont l'impact est souvent considérable et soudain.

L'exemple le plus récent de l'effet d'un changement de préférence pour la monnaie est la crise bancaire mondiale d'il y a cinq ans, où le mouvement s'est produit en sens inverse. Les banques sont rapidement devenues averses au risque, et les consommateurs ont fait de même. Il s'agissait alors d'un changement de préférence en faveur de la monnaie, avec pour conséquence que les prix des biens et des services ont dû baisser sensiblement pour rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande. C'est ce qui explique que tant de fabricants se soient trouvés en difficulté.

Lorsque la préférence pour les biens augmente, comme cela semble certain à Chypre, l'effet sur les prix pourrait lui aussi être alarmant, aggravé par ces contrôles des capitaux sur les paiements d'importations. Il en résulte un boom des prix, qui fait grimper rapidement les prix locaux face à des contraintes d'offre.

Il convient maintenant d'examiner dans quelle mesure un recul de la préférence pour la monnaie au profit des biens pourrait s'installer dans d'autres pays de la zone euro, où les particuliers s'inquiètent de la sécurité de leurs dépôts. Les indices montrent que les déposants cherchent déjà à retirer leurs dépôts dans les États les plus fragiles de la zone euro, ce qui confirme qu'un changement de préférence pour la monnaie est en train de se propager. Dans ce cas, la surprise pour les observateurs sera la vigueur soudaine de l'inflation des prix, dont l'origine est l'érosion de la confiance dans les banques de la zone euro. Ce qui est remarquable, c'est la maladresse avec laquelle ce phénomène est précipité, dans ce qui semble être une volonté de punir la petite Chypre.

Cette mesure punitive risque donc de se transformer en un retrait des dépôts, grands et petits, dans l’ensemble de la zone euro. Il s’accompagnera d’une préférence croissante pour les biens, ce qui fera fortement monter les prix, en particulier en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie, et même ailleurs à mesure que l’effet se propagera. La question est alors de savoir comment la BCE réagira : relèvera-t-elle ses taux d’intérêt pour freiner cette inflation inattendue des prix, ou les maintiendra-t-elle bas par crainte de provoquer l’effondrement de banques et d’États insolvables ?

L’enjeu est une perte de confiance, à terme, dans l’euro lui-même, à mesure que les dépôts les plus importants fuient vers des valeurs refuges. À court terme, le dollar américain et le franc suisse devraient en bénéficier, mais cela ne permet pas de sortir votre argent des banques : si les banques de la zone euro font faillite, aucune banque et aucune monnaie papier ne sont sûres, et leurs déposants pourraient être ponctionnés. La seule sécurité réside dans la véritable monnaie qui a résisté à l’épreuve du temps : l’or et l’argent.

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