
L’or et l’argent ont connu une semaine difficile, en particulier l’argent qui, comme le montre notre graphique principal, affiche désormais un léger recul sur l’année. Dans les échanges européens ce matin, l’or s’établissait à 1 915 $, en baisse de 14 $ sur la semaine, après les reculs de la semaine précédente. L’argent s’échangeait à 23,47 $, en baisse de 62 cents, prolongeant les baisses récentes et portant le ratio or/argent à 81,4.
Derrière la relation dollar/or se trouve la faiblesse des autres grandes devises. Le yen et l’euro ont fortement chuté ces dernières semaines et ont désormais été rejoints par la livre sterling. Et si nous raisonnons toujours en dollars pour l’or, les prix dans les autres devises sont à des niveaux record. C’est l’objet de notre graphique suivant, qui couvre le mouvement haussier de fin 2015 jusqu’à la clôture d’hier soir.

En livres sterling, l’or est à un plus haut historique, en hausse de 111 % ; en yens, il progresse de 94,5 %, à quelques centimes de son plus haut historique ; en euros, de 84 % ; et en dollars, de 77 %. En raison de la fuite hors des autres devises, l’or libellé en dollars est celui qui affiche la moins bonne performance.
Cela se reflète dans l’indice du dollar pondéré par les échanges commerciaux, présenté ci-après.

L’indice du dollar pondéré par les échanges commerciaux a effacé toutes ses pertes depuis que la Fed s’est engagée sans réserve dans les taux d’intérêt nuls et un assouplissement quantitatif mensuel de 120 milliards de dollars. Ce n’est pas que le dollar soit fort : c’est d’abord que sa principale composante, l’euro, a été faible, et que, ces derniers mois, le yen et la livre sterling l’ont été aussi. L’or a donc joué le rôle d’une bonne couverture de change contre ces devises.
Naturellement, en période de crise, la foule des macroéconomistes keynésiens se tourne vers le dollar. Cela fait cinquante et un ans que Bretton Woods a été abandonné, et l’establishment de l’investissement n’en comprend guère les enjeux. Malgré un demi-siècle de domination du dollar, la pièce d’or demeure légalement de la monnaie, tandis que le dollar n’est qu’une devise.
Nous devrions garder cela à l’esprit lorsque les facteurs qui fragilisent le yen et l’euro commenceront à menacer le dollar et son système financier. La hausse des taux d’intérêt est à l’origine de tout cela. Les devises les plus exposées sont évidemment celles dont les banques centrales imposent des taux négatifs, le yen et l’euro. De plus, ce sont elles qui ont les systèmes bancaires les plus fortement endettés. Et, pour aggraver leurs difficultés, la hausse des rendements obligataires érode la valeur des actifs acquis par les banques centrales dans le cadre de l’assouplissement quantitatif, les rendant techniquement insolvables.
Nous assistons non seulement à une hausse des taux d’intérêt, mais aussi à l’apparition de risques systémiques aigus. Ils ne se limitent pas au yen et à l’euro. Cette semaine, nous avons également vu la livre sterling commencer à glisser, ce qui reflète peut-être les risques bancaires internationaux concentrés à Londres.
Ceux qui fuient la tempête monétaire et systémique qui se prépare découvriront probablement que la sécurité du dollar n’est que passagère, et il leur faudra alors s’efforcer de comprendre que seuls l’or et l’argent physiques sont de véritables monnaies, exemptes de risque de contrepartie.
Entre-temps, l’intérêt ouvert sur le Comex étant passé de 642 000 contrats le 9 mars à 563 000 cette semaine, les opérateurs des banques de métaux précieux se retrouvent dans une position délicate. Le graphique technique de l’or reste plutôt correct, même en dollars.
