Apprendre à vivre avec la volatilité des marchés

Il y a environ un mois, les responsables de la politique monétaire japonaise ont déstabilisé leurs marchés financiers et provoqué de l’instabilité partout ailleurs. Les devises des marchés émergents ont été durement touchées, tout comme les marchés obligataires et actions européens et américains.

Il n'a pas aidé que le débat porte désormais sur la manière dont la Fed sortira de sa stratégie d'achat de 85 milliards de dollars de bons du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires chaque mois, ce qui conduit à réaliser peu à peu qu'il n'existe aucun plan et, pis encore, aucune sortie.

C'est très préoccupant, mais c'était évident dès le départ. Ce qui surprend, c'est que la communauté des investisseurs ait nié les faits, ce que nous ne pouvons attribuer qu'au désir humain de ne pas voir les issues défavorables. Partout, les investisseurs se sont plu à croire que M. Bernanke savait mieux que quiconque ce qu'il fallait faire.

Si des statistiques telles que les prêts des courtiers montrent que les marchés actions sont en situation de surachat, il n'y a pas de mentalité de bulle sur les marchés actions et obligataires : j'entends par là que le grand public ne se précipite pas pour acheter, convaincu que les prix vont inévitablement monter. Il s'agit plutôt de marchés mal valorisés en raison de taux d'intérêt nuls et d'investisseurs complaisants.

Dans ces conditions, les changements de sentiment peuvent être très soudains. Le krach d'octobre 1987 en est un bon exemple : les marchés étaient en surachat et les investisseurs profitaient de la hausse, sans pour autant se ruer sur les actions. Dans ce cas, les marchés actions ont perdu entre 30 % et 50 % en quelques jours, la Nouvelle-Zélande reculant de 60 %. Les raisons du krach d'octobre sont controversées, mais c'était la première fois que les marchés actions mondiaux étaient reliés entre eux par des institutions financières opérant sur plusieurs marchés, et que la diversification des investissements sur un ensemble de ces marchés était devenue la norme.

C'est pour cette raison que tous les marchés se sont effondrés ensemble. Aujourd'hui, la configuration est similaire, mais avec des niveaux d'interdépendance entre les marchés bien supérieurs. Aucune institution financière ne recommande un investissement dans un pays sans comparer les solutions offertes dans d'autres. Un gérant ne envisagera pas non plus d'investir, par exemple, dans des obligations espagnoles sans les comparer à celles de l'Allemagne, voire de l'Italie.

Si cela est tout à fait logique dans le monde actuel de l'investissement, cela signifie aussi que si un marché s'affaiblit, il affectera nécessairement les autres. Lorsque les actions japonaises ont commencé à chuter, non seulement cela a fragilisé d'autres marchés, mais des investisseurs jusque-là optimistes ont commencé à se préoccuper de questions qui ne les inquiétaient pas auparavant.

Nul ne sait jusqu'où iront la hausse des rendements obligataires et le recul des actions. Mais avec toute la monnaie créée qui s'est retrouvée sur les marchés financiers, la ruée vers la sortie pourrait être spectaculaire.

Cela place l'or et l'argent dans une position intéressante. L'instabilité à court terme sur les autres marchés a généralement des effets imprévisibles. Les détenteurs de métaux précieux physiques devraient regarder au-delà et réfléchir au résultat final d'un krach des marchés obligataires et actions. Ils devraient se demander si celui-ci sera plus déstabilisant pour l'or ou pour les monnaies papier.

Il faut ici réfléchir à la réponse des banques centrales. Leur problème immédiat tient aux conséquences des pertes sur les titres détenus dans le système bancaire et utilisés comme garanties hors bilan dans le système bancaire parallèle. Les banques d'importance systémique, notamment en Europe, restent très endettées, et la baisse des cours obligataires en mettra probablement certaines en faillite. Il ne peut y avoir qu'une seule réponse des banques centrales : accélérer l'apport de liquidités aux banques afin d'éviter une crise. En outre, les banquiers centraux sont fermement convaincus que des marchés actions sains sont nécessaires pour soutenir et préserver la confiance des consommateurs ; ils souhaiteront donc également intervenir pour cette raison.

Lorsque les marchés financiers prendront conscience de cette inéluctabilité, ils chercheront des valeurs refuges ; les seules qui existent sont les matières premières de base et les métaux précieux. Si le parcours de l'or a été très inconfortable ces 21 derniers mois, les amateurs d'or pourraient se rappeler qu'il a fallu moins d'un mois sur d'autres marchés pour produire des pertes d'une ampleur comparable.

Quant à l'avenir, je vous laisse avec mon graphique préféré, qui montre que le dollar américain connaît déjà une hyperinflation monétaire, et ce avant même de tenir compte de la masse monétaire supplémentaire nécessaire pour sauver les banques et pour éviter que les baisses des marchés ne s'auto-alimentent.

Masse monétaire réelle plus réserves excédentaires, en milliards de dollars

Et c'est la véritable raison de détenir de l'or et de l'argent : les monnaies sont sur la voie de l'autodestruction.

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