Analyse technique et valeur de l’or

Je dois d’abord déclarer un intérêt. Dans les années 1980, j’étais membre de la Society of Technical Analysis du Royaume-Uni et, pendant un temps, j’en ai été l’examinateur et le formateur sur la théorie des vagues d’Elliott. Mon plus grand motif de fierté en tant qu’analyste technique fut d’avoir annoncé le krach de 1987 la veille de son déclenchement, puis un nouveau marché haussier deux mois plus tard, début décembre. Que personne ne me prête pour autant un don pour l’analyse technique : j’ajoute aussitôt que je me suis aussi souvent trompé en l’utilisant, et que d’avoir eu à ce point raison à cette occasion tenait presque certainement en grande partie à la chance. Je dois également mentionner que les investisseurs les plus performants que j’aie observés en 40 ans sont ceux qui savent reconnaître la valeur et qui dédaignent totalement les graphiques.

Les analystes techniques partent du principe que les prix passés constituent une base valable pour prédire ce que les investisseurs paieront demain. Les Warren Buffett de ce monde agissent différemment : ils ne se soucient pas de l’opinion des autres et s’appuient sur leur propre jugement de la valeur. Ainsi, les investisseurs de valeur achètent souvent quand la tendance est baissière et vendent quand elle est haussière, à l’opposé des décisions dictées par la technique. Un marché baissier prend fin lorsque les investisseurs de valeur l’emportent sur la tendance.

Les analystes techniques suivent la foule et donnent un élan supplémentaire à toute tendance. Cela explique l’attention portée aux moyennes mobiles, aux bandes, aux oscillateurs et à l’élan des cours. Les spéculateurs, naguère des esprits indépendants, dépendent aujourd’hui fortement de l’analyse technique. Il ne s’agit pas de nier que de nombreux techniciens gagnent correctement leur vie : l’essentiel est de savoir quand la tendance s’achève, et la difficulté de cette décision explique peut-être pourquoi les analystes techniques ne figurent sur aucun classement des grandes fortunes.

Les investisseurs de valeur comme Buffett s’appuient sur une évaluation du revenu qu’un investissement peut générer, ainsi que du coût d’opportunité de sa détention. Cela peut expliquer ses opinions bien connues sur l’or, qui, hormis pour un petit cercle de banques centrales et de banques de métaux précieux, ne génère aucun revenu. Où se situe donc l’or, actif stérile aux yeux de Buffett, dans tout cela ?

Les investisseurs de valeur qui achètent de l’or lorsque les prix baissent sont majoritairement asiatiques. Pour les Asiatiques, la valeur de l’or provient de la dépréciation continue des monnaies nationales, un facteur rarement pris en compte par les investisseurs occidentaux, qui mesurent leurs rendements dans leur monnaie nationale sans tenir compte des variations du pouvoir d’achat.

Le système financier décourage une approche plus réaliste, en n’accordant pas même à l’or physique le statut d’investissement. Recourir à l’analyse technique avec le faux confort des ordres stop-loss procure davantage de profits aux teneurs de marché. De plus, le remplacement de l’or comme monnaie par des monnaies nationales instables rend le calcul économique et d’investissement peu fiable, voire impossible, pour tout horizon autre que les plus courts. Mais ce point échappe aux suiveurs de tendance, tout comme la question fondamentale de la valeur.

L’analyse technique est un outil pour des investisseurs paresseux, qui ne veulent ou ne peuvent pas comprendre la vraie valeur. Elle domine la formation des prix sur les marchés occidentaux et fausse le comportement des investisseurs en exagérant tout penchant naturel pour les tendances. Cet effet d’entraînement est à l’origine du succès du suivi de tendance, mais aussi de sa faiblesse ultime. Une meilleure stratégie consiste à s’efforcer de valoriser correctement l’or, puis à agir en conséquence.

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