Adieu à la liberté

L'espèce humaine, dans sa forme économique avancée, pratique l'euthanasie. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Europe et le Japon mettent tous en œuvre des politiques économiques qui doivent aboutir, à terme, à la destruction complète de leurs monnaies ; et si l'on détruit le moyen d'échange des biens et des services, les populations connaîtront la famine.

La classe politique et les appareils d'État ont glissé, par étapes successives, vers cette tragédie. Loin d'être la main qui guide la société, ils en sont les destructeurs.

Nous attendons tous de l'État qu'il nous fournisse ce que nous assurions autrefois nous-mêmes, dans la croyance naïve qu'il est notre serviteur, qu'il a nos intérêts à cœur et qu'il peut tenir ses promesses. Collectivement, nous avons choisi non pas la coopération sociale, mais la désintégration et, finalement, la destruction de la société elle-même. Nous nourrissons tant d'idées fausses sur la nature de nos véritables intérêts que nous avons totalement perdu nos repères. Nous avons vu, de notre vivant, d'autres nations détruire leurs propres structures économiques et sociales, et nous ne voyons pas que la même chose nous arrive.

Lorsque la réalité s'impose, nous la nions. L'État contrôle la monnaie et les prix. Il rend le calcul économique dénué de sens. Il s'empare de nos biens au nom du bien commun, pour en disposer comme bon lui semble. Rien de nouveau à cela : Keynes lui-même préconisait l'euthanasie du rentier, c'est-à-dire de l'épargnant, dans sa Théorie générale, qui est le vade-mecum de tout économiste néoclassique. Il prônait de remplacer l'investisseur sans fonction par un capital d'État illimité, et même de plafonner les profits de l'entrepreneur. Voilà 90 ans que nous suivons les grandes erreurs de Keynes. Sa vision est notre triste réalité.

Le prix à payer est notre appauvrissement et la perte de notre liberté. L'État ne nous accorde de valeur que pour ce que nous lui apportons. Nous devons être contrôlés pour notre propre bien. L'État ne craint rien pour lui-même tant qu'il reste de la richesse à nous soutirer et tant qu'il nous reste une liberté pour poursuivre des objectifs non étatistes.

Tous les gouvernements évoqués dans le premier paragraphe sont à court de l'argent de leurs citoyens. Ensemble, ils détruisent leur capital à un rythme accéléré, uniquement pour survivre. Ils comptent sur une planification commune, dans la croyance erronée qu'elle les sauvera, alors que la seule chance pour un État de survivre et, à terme, de prospérer est de cesser de conspirer et d'affronter les problèmes qu'il a lui-même créés.

Au lieu de cela, l'année prochaine, lorsque les gouvernements les plus faibles commenceront à s'effondrer sous les coups de marteau de la réalité économique, et qu'ils ne pourront plus dissimuler l'insolvabilité de leurs systèmes bancaires réglementés par l'État, les gouvernements les plus forts s'empareront des ressources restantes de leurs propres citoyens pour les soutenir, comme l'Allemagne le fait aujourd'hui à l'égard de son peuple.

Pour paraphraser Macbeth au plus bas de sa fortune : c'est un conte plein de bruit et de fureur, qui détruit tout.

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