Une nouvelle campagne est lancée pour mettre fin à l'austérité. D'abord, le FMI laisse entendre qu'il a des doutes à son sujet ; ensuite, on nous apprend que le seuil de 90 % de dette publique rapportée au PIB à ne pas dépasser, fixé par les professeurs Reinhart et Rogoff, repose sur une erreur de tableur Excel. Enfin, Bill Gross, de PIMCO, le plus grand fonds obligataire du monde, nous déclare que l'austérité ne fonctionne pas.
Ce nouvel état d'esprit se répand, au grand soulagement de pays en difficulté comme l'Espagne et l'Italie. L'austérité est douloureuse, et les responsables politiques n'en veulent pas, car elle les rend impopulaires. Les économistes keynésiens et monétaristes non plus : ils voient dans son échec la justification d'une intervention accrue.
L'austérité, telle que la pratiquent les gouvernements occidentaux, consiste à maintenir les dépenses publiques aux dépens du secteur privé. Il n'est donc guère surprenant qu'elle entraîne la destruction de la création de richesse nécessaire au soutien des finances publiques. Son seul mérite, d'ailleurs discutable, est statistique : le maintien des dépenses publiques garantit que leur part dans le PIB ne diminue pas, et ne compromet donc pas la « croissance ». Mais les dépenses publiques ne sont qu'une contrainte pesant sur le secteur privé productif, car toute ressource économique qui lui est retirée pour financer l'État est de fait gaspillée.
Pour qu'une économie progresse, il faut autant d'austérité que possible, dirigée directement et exclusivement contre le secteur public. Si l'on allège la charge fiscale des particuliers et des entreprises, grâce à un État plus réduit, les perspectives économiques s'amélioreront rapidement. Au lieu de cela, le nouvel état d'esprit anti-austérité donnera aux gouvernements une nouvelle licence pour relâcher leur discipline budgétaire.
Quoi qu'il en soit, les banques centrales, dont la BCE, ont montré qu'elles étaient prêtes à financer les dépenses publiques si les marchés ne le sont pas, pour un coût d'intérêt quasi nul. Cela explique pourquoi le rendement de la dette italienne, par exemple, a baissé malgré la dérive de son gouvernement non élu, qui s'éloigne de la maîtrise des dépenses.
Les investisseurs obligataires tels que PIMCO tolèrent cette situation en partie parce qu'ils partent de l'hypothèse simple que l'inflation ne pose problème qu'en cas de reprise de la demande. Comme toutes les grandes économies ralentissent ou entrent en récession, cette crainte paraît de plus en plus lointaine. Mais l'histoire nous apprend que c'est une erreur, que les prix peuvent augmenter même en période de récession, et une bonne compréhension de la théorie des prix démontre aussi la fausseté de cette hypothèse.
Pour le moment, les particuliers et leurs banques préfèrent la monnaie aux biens, et ce depuis la crise bancaire d'il y a cinq ans, ce qui explique la faiblesse persistante de la demande. Toutefois, les risques croissants que des faillites bancaires font peser sur les dépôts risquent de provoquer une fuite vers les espèces physiques et les biens. Et, alors que les économies du monde entier s'enlisent sous le poids du coût de l'État, ce risque pour les banques et les dépôts bancaires s'accroît et devient plus immédiat.
La complaisance à l'égard de l'inflation et des taux d'intérêt doit aussi tenir compte de la nouvelle impulsion donnée à l'expansion de la masse monétaire, que suppose l'abandon de l'austérité. Et ce n'est là qu'une raison supplémentaire d'expansion monétaire, s'ajoutant à toutes les autres. Ce qui se joue sous nos yeux n'est rien d'autre que les impérieuses raisons politiques à l'origine de presque toutes les hyperinflations de l'époque moderne, et qui se terminera presque certainement par l'effondrement des monnaies papier actuelles.